Québec : révolte ou révolution ?

Avouons-le, nous étions tous, sympathisants rouges, verts, jaunes et blancs confondus, soulagés de voir la semaine dernière les porte-parole étudiants et les représentants du gouvernement s’asseoir ensemble et s’efforcer, semblait-il de bonne foi, de parvenir à une sorte de trêve permettant de sauver la session.

Malheureusement, une série d’erreurs, de manques et de maladresses des deux côtés a torpillé l’entente, et la situation semble aujourd’hui hors contrôle. La colère et la détermination des étudiants sont plus fortes que jamais, le gouvernement semble dépassé, et on ne sait trop où l’on s’en va. Le métro a été paralysé jeudi dernier par des bombes fumigènes, et une secrétaire de ministre a lâché à ce propos sur Twitter le mot de «terrorisme». Est-ce là une bévue ou au contraire un ballon d’essai pour préparer l’opinion à une opération genre «Loi sur les mesures de guerre»?

Devra-t-on en arriver là, ou bien la convocation d’une élection générale va-t-elle réussir à court-circuiter l’explosion que tous sentent se préparer? Les gens n’aiment pas l’incertitude et le désordre, et il semble bien que l’habile stratège en chef à la tête du gouvernement du Québec ait prévu récolter des gains électoraux d’un tel pourrissement de la situation. Mais le fait est que le désordre et l’incertitude sont maintenant bien installés, et que ce gouvernement, qui n’avait déjà plus les mains sur le volant depuis longtemps, semble maintenant avoir aussi perdu les pédales.

On n’a voulu voir, en ces jeunes qui se soulèvent contre le gouvernement, que des ados attardés en révolte contre la figure du père, ou pire, des «bébés gâtés» (plusieurs ont parlé d’enfants-rois). Mais en fait, ce sont de jeunes adultes, qui ouvrent les yeux et savent réfléchir, qui seront demain les contribuables et les pourvoyeurs de nos retraites. Ils sont aussi parfaitement au courant du système d’échanges de bonus et de pots-de-vin, de lobbies et de retours d’ascenseur entre politiciens, entrepreneurs, ingénieurs-conseils et tous ceux qui plongent allègrement les mains dans l’assiette au beurre, tandis que ministres et chroniqueurs serviles nous font la leçon que nous devons tous payer notre «juste part».

Ce que ces étudiants en colère nous disent, c’est que le monde n’appartient pas à ceux qui sont en position de pouvoir. Cela ne marche pas comme cela. Le monde appartient à tous. Et si plusieurs se regroupent pour faire un même constat et vouloir que les choses changent, leur action est alors parfaitement légitime. La révolte estudiantine tournera-t-elle maintenant en révolution générale? Le moins que l’on puisse dire est que le climat actuel est très instable. S’il est sûr qu’un très grand nombre de gens détestent le désordre et se disent prêts à appuyer une action musclée du gouvernement pour rétablir la paix sociale, beaucoup aussi en veulent à ce même gouvernement pour son manque de leadership, son penchant pour les mensonges, les magouilles et les manipulations, et particulièrement son attitude de condescendance et de mépris affichée à l’égard de la (notre) jeunesse.

Source.

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À propos de Réelle Démocratie Calvados

Le monde bouge et nous ? Chaque jour le peuple lutte en occupant les places publiques,que se soit à Madrid, Athènes, Paris, Rennes, Nantes, en Angleterre, aux États Unis d’Amérique, et depuis le mois de juin 2011 dans le calvados (Bayeux, Caen, Lisieux, Vire)… Si vous n’en pouvez plus d’alimenter un système où l’argent règne, où l’économie prime sur les valeurs humaines, un système basé sur la consommation à outrance qui détruit la planète, rejoignez-nous ! Les médias, à la botte de l’état, nous inondent d’un flux de pubs et d’inculture qui nous abrutissent et nous privent de toute volonté d’avancer, d’être, de rêver, d’agir… Ce système creuse à outrance les écarts entre les riches et les pauvres, privatise et engraisse une nouvelle aristocratie qui se pense intouchable. Ces élites nous exploitent, nous maltraitent. Leur cupidité et leur bêtise font (les) lois. Alors rejoignons toujours plus nombreux le mouvement ! Montrons notre indignation nuit et jour en allant occuper la place publique de Caen ou d’autres villes du Calvados. Discutons, échangeons, dansons, chantons, campons, partageons, expérimentons un nouveau mode de vie alternatif tous ensemble !

Publié le 19/05/2012, dans Le mouvement dans le monde, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Je suis de Montréal, et je voulais souligner que ce sont plus que des maladresses du côté du gouvernement. Les étudiant-e-s de toutes les associations et fédérations avaient de nombreuses propositions alternatives à la décision unilatérale et injustifiée (le gouvernement n’a produit à ce jour aucune étude fondée qui présente une hausse des frais comme étant la meilleure solution). Plusieurs instituts de recherche affirment même, chiffres à l’appui, que ce serait plus rentable pour le gouvernement de rendre l’éducation supérieure gratuite pour les étudiants. La soi-disant entente qui a été présentée était tellement de mauvaise foi que lorsque, en assemblée générale, notre association l’a examinée, même ceux qui avaient voté contre la grève auparavant ont refusé cette entente.
    Ce que nous avons vu du gouvernement et que, pas une seule fois, il ne s’est adressé aux étudiants, mais à plutôt usé de rhétorique afin de présenter des informations erronées et des solutions qui n’en étaient pas (mais qui s’adressaient plus souvent qu’autrement aux banque: les prêts étudiants sont des prêts garantis par le gouvernement, et pour des montants considérables).
    Bien sûr la grève s’élargit, puisqu’elle est un mouvement de résistance avant tout à une politique économique néo-libérale qui affecterait les plus vulnérables, une politique parmi d’autres, d’ailleurs (l’an dernier, c’était des frais fixes pour le système de santé). Mais à l’origine, ce n’était que pour conserver quelques maigres acquis, pour la plupart (un gel des frais, même si certains voulaient aller jusqu’à la gratuité immédiatement). Nous ne nous sommes donc pas du tout préparés à ce qui arrive, même si nous poursuivons le combat, car 14 semaines, c’est l’équivalent d’une session universitaire, assez pour donner à des milliers de personnes le temps d’approfondir et de comprendre que les enjeux sont beaucoup plus larges. D’autres nous rejoignent maintenant, pour que le combat soit pour beaucoup plus.

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