15M 2012, anniversaire du mouvement des indignés : témoignage

Derrière mon ordinateur, je suis la cérémonie sur les sites de presse en ligne et j' »aime » les messages de soutien aux indignés espagnols laissés sur les réseaux sociaux. Je me rappelle du 15 mai 2011, un an plus tôt.

Un an plus tôt, j’étais à Grenade, en Andalousie. Je me rappelle que ce jour-là, je n’étais pas dans la rue. Fraîche jouvencelle de « Sciences Po », je poireautais en attendant quelqu’un qui ne viendrait jamais dans un bar quelconque, devant quelques tapas et un verre de bière. Je n’étais pas dans la rue mais le lendemain, j’ai vu dans la presse ces vidéos de personne se faisant emmener par des policiers pour le simple fait de rester sur la place de la mairie.

Pourquoi y étaient-ils ? Pour manifester leur « indignation » devant la situation du chômage (el paro ! el paro !) en Andalousie. Près de 40% chez les jeunes avec en prime des inégalités croissantes. Je me rappellerai toujours avoir été frappée ce jour-là par la volonté et le pacifisme de ces personnes.

J’ai ensuite commence à m’y intéresser. Avec un statut d’Erasmus, j’étais trop privilégiée pour sentir la réalité des choses. Certains diront qu’en étant une étudiante de « Sciences po », cela n’arrangeait pas les choses. Au contraire. J’ai très vite été fascinée, effrayée, intriguée par ce mouvement. Au risque de m’éloigner de mes certitudes, au risque de ne pas suivre le chemin qui avait déjà été établi pour moi : Master, concours de la fonction publique… Puis j’ai franchi le pas en lisant Hessel, en commençant à distribuer des tracts tant bien que mal, n’ayant jamais eu de réelle expérience d’engagement politique avant cela.

Je ne l’ai jamais regretté. En participant aux assemblées, aux manifestations, j’ai vu des personnes tour à tour généreuses, fatiguées, révoltées, heureuses. Des êtres humains comme moi, quelquefois malmenés par la vie et qui demandaient quelque chose de simple : la dignité. La dignité au travail, la dignité dans les relations sociales, la dignité dans l’expression politique. J’ai comme qui dirait reçu la plus belle claque de ma vie. J’ai tout d’un coup compris tout ce que ces personnes pouvaient m’apprendre, des choses que l’on ne peut pas apprendre sur les bancs d’une université.

Ces personnes m’ont influencée chacune à leur manière. Je peux dire que je suis entrée dans l’engagement réel avec eux, par eux. J’irai même jusqu’à dire que la première assemblée générale, la première fois où j’ai vu ces centaines de personnes réunies avec moi, sur la place de la mairie, prêtes à donner de leur temps, de leur énergie, de leur âme, cette première assemblée, et les suivantes, fait partie des plus beaux moments de ma vie.

Une fois le premier pas franchi, le reste est d’abord simple : on se rencontre tous les jours, on met en place les différents ateliers, l’occupation de la place se rationalise, les assemblées de quartier se mettent en place, les manifestations autour des élections également. On commence à échanger les informations, les compétences, les ressources.

Le modèle de la démocratie participative, qui n’est pas parfait, est puissant en ce qu’il permet de rassembler les personnes autour d’un même projet. De donner du sens, de la matière, de la créativité aussi dans l’action. Il ne s’agit pas d’être devant un écran ou une page de bouquin. Il s’agit d’être présent physiquement et avec toute sa volonté dans des lieux clés de notre système démocratique. Peut-être que certains diront que c’est du déjà-vu, que cela ne sert à rien mais pour ma part, quand je rentre chez moi le soir après avoir passé une journée à discuter, débattre, décider avec d’autres, j’ai réellement le sentiment d’avoir réellement « fait quelque chose ».

Cette expérience m’a exaltée, elle m’a aussi fatiguée, bouleversée. J’ai rompu des liens avec certaines personnes, j’en ai rencontré d’autres. J’ai lu un jour que ce type d’expérience peut entraîner « un éclatement de l’identité ». Il s’agit peut-être de cela. J’ai voulu rester en Espagne. En donnant des cours de français et en travaillant dans un restaurant comme rabatteuse. Je devais trouver des clients et j’étais payée tous les jours, en espèces en ayant été recrutée sans contrat. Je gagnais comme salaire 10 € pour cinq heures de travail, soit le matin, soit l’après-midi. Soit 2 € l’heure. J’avais également une commission d’1 € par client ramené.

Évidemment, je n’ai pas tenu longtemps et je suis rentrée en France pour ma dernière année d’étude. Cela n’a pas été facile. J’ai essayé de trouver des contacts dans les villes où j’ai été mais je me suis très vite rendue compte qu’on ne pouvait pas calquer le modèle des indignés espagnols sur celui des indignés français. Chaque pays a son contexte, son histoire. Dans le cas de la France, je me suis vite dit que la situation n’était pas assez critique pour que les gens descendent dans la rue comme en Espagne. Peut-être aussi que ma motivation s’était affaiblie.

Un an plus tard, je suis à la recherche d’un travail qui me permettrait de suivre mes convictions. Je garde dans un coin de ma tête le rêve de pouvoir repartir en Espagne. Je suis également toujours aussi émerveillée par la volonté des indignés en Espagne, en Grèce, en France et partout dans le monde. Je pense que la France connaît aussi de fortes inégalités, des injustices et qu’il y a de bonnes raisons de se révolter. Mais je n’apprécie pas la récupération du mouvement par des syndicats, des partis ou des idéologies non pacifistes car cela va complètement à l’encontre de sa définition primordiale.

J’ai fait assez d’erreurs pour ne pas prétendre connaître la vérité, je me suis trompée beaucoup de fois. J’ai 23 ans, je suis jeune et j’ai encore beaucoup à apprendre. Mais il me semble que le mouvement des indignés est une cause juste, noble, qui doit rester ouverte à chaque individu, jeune, vieux, noir, blanc, jaune, riche, pauvre. Et il ne s’agit surtout pas d’être de gauche ou de droite. Il s’agit d’avoir envie de construire avec d’autres une société plus juste, par le dialogue et l’engagement. Chacun à sa manière peut apporter sa contribution. Le plus dur est de faire le premier pas.

Eloïse, Réunionnaise, 23 ans, Nantes.

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À propos de Réelle Démocratie Calvados

Le monde bouge et nous ? Chaque jour le peuple lutte en occupant les places publiques,que se soit à Madrid, Athènes, Paris, Rennes, Nantes, en Angleterre, aux États Unis d’Amérique, et depuis le mois de juin 2011 dans le calvados (Bayeux, Caen, Lisieux, Vire)… Si vous n’en pouvez plus d’alimenter un système où l’argent règne, où l’économie prime sur les valeurs humaines, un système basé sur la consommation à outrance qui détruit la planète, rejoignez-nous ! Les médias, à la botte de l’état, nous inondent d’un flux de pubs et d’inculture qui nous abrutissent et nous privent de toute volonté d’avancer, d’être, de rêver, d’agir… Ce système creuse à outrance les écarts entre les riches et les pauvres, privatise et engraisse une nouvelle aristocratie qui se pense intouchable. Ces élites nous exploitent, nous maltraitent. Leur cupidité et leur bêtise font (les) lois. Alors rejoignons toujours plus nombreux le mouvement ! Montrons notre indignation nuit et jour en allant occuper la place publique de Caen ou d’autres villes du Calvados. Discutons, échangeons, dansons, chantons, campons, partageons, expérimentons un nouveau mode de vie alternatif tous ensemble !

Publié le 19/05/2012, dans Témoignages d'indignés, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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