Une redéfinition du Pouvoir ; la Révolution de l’ère WikiLeaks

A la mi-septembre, le mouvement Occupy Wall Street est né dans le centre de Manhattan. Depuis plus d’un siècle, Wall Street incarne la richesse et le pouvoir politique. Aujourd’hui, ces rues du quartier de la finance, qui à peine un mois auparavant brillaient encore des façades dorées du capitalisme glorieux, sont occupées par des indignés, révélant par la même occasion la vérité sur les promesses brisées de l’égalité des chances et sur l’excès de corruption des entreprises Américaines.

Le mouvement est composé de personnes de tous horizons sociaux, de démunis, de sans-emplois, d’étudiants endettés et de ceux qui luttent pour survivre dans un système médical inégal. Pendant les marches organisées, qui ont mêlé joie intense et indignation face à la confiscation plutocratique des pouvoirs, le grand rêve américain s’est émietté.

Personne ne peut nier que le mouvement Occupy a résonné dans tous les États-Unis d’Amérique, et s’y est répandu comme une traînée de poudre à travers tout le pays. En quelques mois, des étudiants de l’Université Berkeley de Californie ont planté leurs tentes sur les marches Mario Savio devant le Sproul Hall. Quand la police de l’Université est venue les déloger, les étudiants enlacés par les bras, ont résisté pour défendre leur liberté d’expression. En face, les policiers ont riposté violemment en usant de leurs matraques. Le contraste est devenu évident aux yeux du monde entier grâce à la vidéo de l’attaque de la police, postée sur YouTube, qui s’est répandue comme une traînée de poudre.

Quelques jours plus tard, l’indignation contre cette action brutale de la police a développé un important soutien de l’opinion publique pour le mouvement. Pendant la conférence commémorative de Mario Savio, le nombre de participants à l’Occupation a explosé. Des milliers d’étudiants et de protestants se sont rassemblés à l’extérieur du Sproul Hall, comme une réminiscence du Berkeley des années 60. Nous étions témoins de la renaissance du mouvement pour la liberté de parole.

La population a commencé à identifier le mouvement Occupy comme le plus grand mouvement social depuis les mobilisations anti-guerre et pour les Droits Civiques (de la fin des années 60, NDLR). Le mouvement Occupy hérite des luttes passées et de l’activisme, pourtant, il a y là, quelque chose d’unique. En quoi est-ce différent maintenant du Mouvement pour les Droits Civiques ou encore des protestations plus récentes contre l’OMC et le G20 ?

Dans mon article “The Rise of the Occupy Insurgency, the World First Internet Revolution” (« L’émergence d’une Insurrection d’Occupation, la Première Révolution Internet Mondiale », NDLR), j’analyse le rôle d’Internet dans les récentes révolutions autour du monde. Bien que les réseaux sociaux et l’accès à Internet aient eu un impact important sur le printemps arabe et le mouvement Occupy, il y a quelque chose d’autre qui les différencie des précédentes protestations.

Il n’y a aucun doute que l’apparition de WikiLeaks, premier média au monde apatride et non-aligné, a déclenché des changements politiques profonds à l’échelle mondiale. Leur action a mis au jour la tyrannie et la perversion systématique de la justice, qui sont devenus la norme dans l’économie politique mondiale. Cette petite organisation, sans but lucratif, a mis au défi le manquement presque total du journalisme traditionnel qui a très souvent été complaisant avec le pouvoir établit. Cependant, et ceci a été moins remarqué, WikiLeaks a également eu un effet sur les soulèvements dans le monde.

Le 28 Novembre était la date anniversaire de la publication par WikiLeaks des télégrammes diplomatiques Américains. Cette fuite a révélé et officialisé la corruption et l’illégitimité de nombreuses dictatures du Moyen-Orient. L’auteur et avocat constitutionnel Glenn Freenwald, a reconnu l’importance des documents des Services d’État américains publiés par WikiLeaks, ainsi que leur impact sur les soulèvements récents en Tunisie et en Egypte. Amnesty International, lors de son analyse sur l’année écoulée, a noté le rôle de ces fuites de documents :

« L’année 2010 pourrait être celle de la transition vers un activisme et un journalisme utilisant les nouvelles technologies pour dire la vérité sur le pouvoir en place et, se faisant, pour pousser vers un plus grand respect des droits de l’homme, »

Les connections directes, possibles par les réseaux sociaux et les technologies sans fil, ont permis la diffusion de l’information, ce qui a confirmé les soupçons du grand public, et a transformé un défaitisme et un désespoir persistant en actions collectives dans les rues. Et au-delà, cette influence s’est étendue dans le mouvement actuel Occupy.

En retraçant l’étincelle à l’origine du mouvement Occupy, notamment à partir de la publication de la vidéo de l’armée américaine Collateral Murder (dommage collatéral, NDLR), Phillip Dorling a clarifié en quoi le mouvement Occupy a ses racines dans les travaux de WikiLeaks :

« Ce qui est peu connu et qui n’a pas été étudié, c’est la fonction clé que les défenseurs de WikiLeaks ont jouée en initiant la montée de l’activisme sur Internet (le Hacktivisme ? NDLR) qui a jusque là déclenché des protestations dans, semble-t-il, plus de 1000 villes et 82 pays. »

Michael Moore à Occupy San Franscisco est allé plus loin en disant que l’action du lanceur d’alerte Bradley Manning a été à l’origine du mouvement Occupy. Le lanceur d’alerte le plus connu d’Amérique, Daniel Ellsberg, a également dit ceci lors du premier jour du procès de Manning :

« Le Time magazine a nommé un Manifestant Anonyme (Anonymous Protester, NDLR) comme « personnalité de l‘année », mais il est possible de mettre un visage et un nom sur cette photo. Pour ma part, le visage américain que je donnerais serait celui du soldat Bradley Manning. La combinaison de WikiLeaks, des fuites de Bradley Manning à Tunis et l’exemple donné par Mohamed Bouazizi a conduit aux manifestations non-violentes, qui ont conduit Ben Ali à la porte, notre allié que nous avons supporté jusqu’à ce moment, et qui ont ensuite entraîné le « Printemps arabe » en Egypte, par l’occupation de la place Tahrir, qui a immédiatement stimulé le mouvement Occupy Wall Street et les autres mouvements au Moyen-Orient et ailleurs. »

A ce jour, du Moyen-Orient à l’Espagne et la Grèce ou des banlieues Londoniennes à l’actuel mouvement Occupy, nous assistons à des vagues d’actions d’auto-détermination qui touchent l’Occident. Après la montée de WikiLeaks, le climat social et politique a fondamentalement changé. Qu’est-ce qui est différent sous cette ère WikiLeaks ? Ce n’est rien de moins qu’un changement total des mentalités. La partie cachée de l’iceberg est l’émergence d’une autre façon de penser qui transforme le système relationnel entre les individus.

Modification des rapports de forces

D’après ce que nous avons vu, il existe des similitudes entre le mouvement Occupy et les luttes passées. Ils ont en commun le fait d’avoir démarré dans la résistance en s’opposant à l’injustice. Par exemple, le mouvement pour les Droits Civiques s’est initié en réaction à une application raciste de la loi portant atteinte aux Droits de l’Homme pour les noirs. La Bataille de Seattlea tenté de mettre fin aux règles économiques anti-démocratiques et asservissantes de l’OMC. Le mouvement Occupy exprime également un profond rejet et une profonde colère face aux inégalités et au pillage effréné du peuple par l’oligarchie en place. Pourtant quelque chose de nouveau se produit.

Il est trop tôt pour savoir quelle direction va prendre Occupy, le mouvement n’a que 3 mois. Mais, globalement, une modification des rapports de forces est indéniablement en jeu. La résistance est un élément qui provient d’un manque de cohésion. Le peuple ne fait pas que simplement résister. Lors d’une assemblée générale à Occupy Oakland, un homme a expliqué en quoi la révolution et la réforme étaient différentes. Il a dit que le mouvement Occupy appelait à la révolution. Alors que les luttes sociales passées exprimaient des attentes auprès des dirigeants, celui-ci les contourne, parce qu’ils sont perçus comme irréversiblement corrompus par un système pourri de l’intérieur. Ce mouvement a été critiqué par les médias de masse pour son manque de demandes claires de réforme, mais beaucoup voient ceci comme sa force intrinsèque. Il est clair que les gens disent et font des choses qui auraient été inconcevables il y a quelques années. La grande créativité et l’autonomie de ce mouvement indiquent que quelque chose de très nouveau est en cours de réalisation.

Les membres du mouvement Occupy ne sont pas juste en train de faire un sitting en attendant un changement de la part des politiciens. Ils agissent, transfèrent leur argent vers des banques coopératives, échangent entre eux, créent leurs propres médias et cherchent à définir comment vivre ensemble sans l’emprise de la politique ou des entreprises.

Ce qui rend le mouvement Occupy différent est ce changement de perception sur la simple illégitimité du gouvernement actuel et le sentiment que les individus ont la capacité de donner du sens à leur vie par eux-mêmes. Cette combinaison a entraîné plusieurs réveils massifs. Maintenant les gens commencent à échanger à propos des causes premières de l’oppression et de l’injustice et apportent de nouvelles solutions.

Les requins de la finance de Wall Street étaient entrain de détruire le tissu économique de l’économie mondiale. Occupy Wall Street met au jour cette vérité et défie la classe moyenne Américaine de se lever et faire quelque chose contre ça. Ce mouvement Occupy est aussi un acte de refus à s’engager dans des jeux politiques inflexibles. Les gens ne souhaitent plus entrer en pourparlers avec des politiciens car ils se rendent compte du fait que le système dans son ensemble est corrompu au-delà de toute possibilité de réforme. Cette tendance était déjà celle du monde Arabe, particulièrement en Égypte après que les Égyptiens aient conduit Mubarak hors du pays sans que cela change les causes premières de l’oppression. Les Égyptiens et les Tunisiens ont commencé à comprendre que le problème vient d’au-delà de leurs dictateurs locaux. Ce n’est pas le problème d’un seul pays, il est en fait lié à un système mondial de corruption financière, qui émane en grande partie des USA et de l’Europe.

Dans l’article Bankers Are the Dictators of the West (les banquiers sont les dictateurs de l’Occident, NDLR), Robert Fisk a mis en évidence le parallèle entre les soulèvements du Printemps arabe et les différents mouvements Occupy de la société occidentale. Il a décrit en quoi les dizaines de milliers de personnes dans les rues du Moyen-Orient constituaient une révolte contre des dictateurs qui dictent l’avenir de leurs pays et de leur peuple. De la même manière, en Occident, les gens luttent contre leurs propres dictateurs :

« Les banques et les agences de notation sont devenues les dictateurs de l’Occident. Comme les clans Mubarak et Ben Ali, les banques croyaient – et croient encore – qu’elles sont propriétaires de leurs pays. »

Le printemps Arabe et « l’hiver » Occupy se sont inspirés mutuellement. Un exemple récent de ce lien : des Tunisiens ont lancés un assaut massif sur la page Facebook du président américain Barack Obama. En seulement quelques heures, plus de 50.000 commentaires ont été signalés sur la page dédiée à sa campagne présidentielle 2012. La plupart d’entre eux ridiculisaient la politique étrangère et le leadership américain, tout en soutenant le campement Occupy se propageant aux États-Unis. De la place Tahrir à la place de la Liberté à New York, le peuple défend un rêve commun d’organisation de société basée sur des principes de partage et de collaboration.

Tendance mondiale

La vague de solidarité et de soutien qui est venue des peuples d’Égypte, de Tunisie et du sud de l’Europe pour le mouvement Occupy est la preuve que partout dans le monde des yeux se sont ouverts sur l’illégitimité des structures des gouvernements actuels. Maintenant cette tendance s’étend aux quatre coins du globe. Le 22 novembre, des militants sud-coréens ont rejoint les protestataires d’Occupy Wall Street pour manifester contre l’accord commercial entre Séoul et les États-Unis. Ces vagues de protestation atteignent maintenant des pays comme la Russie, la Chine, et l’Inde.

Nous savons désormais que ce qui détruit nos villes et nos économies n’est que la fraude grossière des institutions et des empires oligarchiques. De l’intérieur du système, un trader a avoué : « Ce ne sont pas les gouvernements qui dirigent le monde, c’est Goldman Sachs ». Mais ce qui change aujourd’hui, c’est qu’une majorité de gens commence à réaliser que ce qui arrive à leur pays est la même chose qui arrive à la Grèce, à l’Islande, à l’Inde, à l’Égypte et partout dans le monde.

Ce type d’allégeance transnationale est aussi une force à l’œuvre derrière le collectif en ligne Anonymous, plus ou moins structuré. 2011 a été l’année qui a amené Anonymous aux yeux du grand public. Le masque de Guy Fawkes est devenu un puissant symbole qui transcende la race, la couleur et la nationalité, et qui incarne une évolution morale et un partage d’idéal. Ce symbole fleurit dans les rues à travers le monde et sur Internet.

« … Quelque chose d’inattendu est entrain de se passer… Nous remettons en question les anciennes hypothèses selon lesquelles nous sommes faits pour consommer pas pour créer, que nous sommes sous l’emprise du monde qui nous entourre, que les guerres sont inévitables, que la pauvreté est inéluctable. Alors que nous en apprenions davantage sur notre communauté mondiale, une vérité fondamentale a été redécouverte : Nous ne sommes pas aussi différents que nous pouvions le paraître. Chaque être humain possède des atouts, des faiblesses et des émotions profondes. Nous éprouvons tous le rire, l’amour, la peur d’être seul et le rêve d’une vie meilleure. »V

Anonymous puise dans une projection de l’humanité où les gens font d’abord légion mondialement, avant leur région locale. En ce sens, Anonymous est une sorte de précurseur d’un monde dépassant l’État-nation, embrassant une «citoyenneté festive». Wikileaks et Anonymous ont ceci en commun : ils sont fondés sur la capacité de transcender les frontières. Ils sont tous deux engagés dans la libre circulation de l’information sans frontières et pour une approche open source du pouvoir politique. De même, le Mouvement Occupy s’est propagé rapidement à travers le monde de semaines en semaines, en créant des actions simultanées dans plusieurs villes. Ils ont fait cela en utilisant des méthodes open source et des connexions Internet directes permettant des soutiens mutuels.

C’est très difficile pour les autorités de se battre contre ce mouvement transnational. C’est la même chose pour les sites web et les forums. On peut en fermer un, mais un nouveau apparaîtra ailleurs qui reproduira ou étendra le site original. Dans un sens, c’est la vraie puissance de la globalisation. A première vue, le langage et les solutions peuvent différer, pourtant le peuple du monde s’unit et se lève pour défendre ses droits universels et une même morale.

Après la brutalité de la police à Occupy Oakland, les yeux du monde entier se sont portés sur cette ville, ce qui a renforcé le mouvement. L’assemblée générale de Occupy Wall Street à New York s’est engagée à envoyer de l’argent et des tentes et au Caire, les Egyptiens ont marché en signe de solidarité. Des gens du monde entier regardaient la retransmission en live du parc Zuccotti lors de l’attaque de la Police pour l’expulsion des occupants et ils ont alors pu commencer à voir le masque de la démocratie Occidentale tomber.

Quand le mouvement pour les Droits Civiques (de la fin des années 60, NDLR) a commencé aux Etats-Unis, c’était dans le cadre de l’État-Nation. La lutte de Seattle et l’anti-G20 ont rassemblé des protestations contre les multi-nationales, pourtant ces mouvements restaient localisés géographiquement dans une seule ville et piégés dans un système isolé. D’un autre côté, au sein du mouvement Occupy, les gens sont ancrés localement, mais connectés globalement. Un participant d’OWS (Occupy Wall Street, NDLR) a dit:

« … où que vous soyez vous pouvez participer à l’occupation. Allez à la rencontre de votre communauté, à Occupy Brooklyn, à Occupy Harlem, à Occupy the Bronx, à Occupy North Carolina….. C’est ça Occupy. Ce n’est pas seulement Occupy Wall Street, l’objectif est de tout occuper (Occupy Everything, NDLR) »

Ils restent là où ils sont, reprenant leur propres villes, décrétant des assemblées générales, tout en restant en contact avec l’effort collectif mondial. Les protestants se joignent maintenant aux propriétaires expulsés pour occuper leurs propres maisons. Après avoir servi dans l’armée d’outre-mer, des vétérans, comme Scott Olson, servent maintenant vraiment leur pays au sein du mouvement Occupy.

Avant les protestations étaient des événements d’un jour avec autorisations et espaces de liberté de parole bien définis. Maintenant, Occupy est un processus continu fonctionnant à l’intérieur et à l’extérieur du système. Par exemple, OWS a élu domicile dans un parc voisin, et le campement au parc Zuccotti a été possible grâce à une faille de la réglementation. Pendant les mois où ils ont occupé le parc, ils ont mis en place un modèle d’occupation comme quelque chose d’universellement applicable. Dans l’article de Global Guerrillas Beyond Zuccotti (au-delà de Zuccotti), John Robb a montré comment Occupy « a développé une recette sur comment mettre en place une Zone d’Autonomie Temporaire (ZAT, aussi appelé TAZ en anglais pour Temporary Autonomous Zone, NDRL)… qui « est en dehors du contrôle de l’état et du marché ». Une ZAT est un espace libre comme le sont les nœuds de réseau wifi gratuits ou les communautés mobiles éphémères.

Avec l’augmentation des expropriations et du chômage, des campings font leur apparition autour de centaines de villes. La tente est devenue un symbole de ce mouvement. Elle représente les idéaux mobiles qui prennent racine, plutôt qu’une pensée flottante qui va et qui vient. La puissance retrouvée de la collaboration et de l’allégeance est indéniablement entrain de transformer le sens d’un Moi comme un être isolé avec peu à offrir au monde. Maintenant, les individus se trouvent de nouvelles identités comme des êtres en collaboration ayant le droit de partager leur élan pour l’auto-détermination d’une manière directe.

L’identité au delà de la reconnaissance

La répression policière sur le mouvement Occupy a révélé que ce qui était autrefois publique et relevant du bien commun, est maintenant de plus en plus privatisé. Les expulsions des campements d’indignés en sont un bon exemple. L’aval évident des responsables de la Sécurité Intérieure aux efforts de la police anti-Occupy lors de l’évacuation coordonnée des campements, est aussi ce que la police et les banques font depuis des années : expulser des millions de propriétaires de leurs maisons par le biais de la fraude légalisée. Il révèle également une réalité psychologique plus profonde, comment l’influence de forces oppressives ont mené à la rupture de l’identité de la nation et au final à la perte de la confiance dans les systèmes de gouvernance basés sur la déception et l’exploitation.

La Philosophe Kelly Oliver, dans Witnessing beyond Recognition (Témoignage au delà de la reconnaissance, NDLR) a analysé la formation de l’identité au sein des peuples colonisés chez Franz Fanon, qui est considéré comme un important porte-parole des opprimés. Elle a souligné comment Fanon voyait les dynamiques de force entre les oppresseurs et ceux qui étaient colonisés, et comment elles se manifestent intérieurement par le désir de reconnaissance de la part des opprimés. Kelly Oliver a cité Fanon disant que « le modèle de reconnaissance de l’identité [est] la pathologie particulière des cultures coloniales ou oppressives » (p. 23) et que, « alors qu’il semble évident que les gens opprimés peuvent s’engager dans des luttes pour la reconnaissance en réponse à leur manque de reconnaissance de la culture dominante, il est moins évident que la reconnaissance elle-même soit une partie de la pathologie de l’oppression et de la domination » (p. 23).

Certains pourraient dire que comparer les événements actuels à l’époque coloniale est un peu exagéré car nous vivons maintenant à l’ère post-moderne et que la colonisation est supposé appartenir au passé. Pourtant, il est important de voir les parallèles à travers l’histoire qui restent souvent difficilement visibles.

La civilisation Occidentale a une part sombre de son histoire avec la colonisation et avec la soumission de certains groupes, races et nations aux valeurs Anglo-Saxones et Judéo-Chrétiennes. En revenant à la période actuelle, on peut observer des forces de déshumanisation similaires à l’œuvre. Elles sont maintenant perpétuées par des entités artificielles que l’on nomme entreprises. Elles ne sont pas humaines, mais ont les mêmes droits que les humains avec des centaines de fois plus de pouvoir et peu de responsabilités. Ce pouvoir qui croît exponentiellement, asservit l’humanité à la religion du profit à tout prix. Les grandes entreprises, dans ce contexte, sont les oppresseurs systémiques, colonisant l’espace publique. L’identité première du peuple est devenue celle de la consommation et on lui a retiré tout pouvoir réel. En cela, les anciennes répartitions de pouvoir ont perduré selon des caractéristiques hiérarchiques et patriarcales de race, sexe et classe. Kelly Olivier continue à décortiquer l’analyse de Fanon :

« Ce que Fanon réalise est que la logique de reconnaissance fait partie intégrante du colonialisme et l’oppression positionne ceux qui ont le pouvoir comme les agents actifs de la reconnaissance et ceux qui ne l’ont pas comme les bénéficiaires passifs. » (pp. 28-29)

Les valeurs d’entreprises deviennent centrales, repoussant tout le reste à la marge. La culture de la célébrité est vraiment le reflet de cette pathologie de la reconnaissance. Les popstars comme Britney Spears et les politiciens du show business (« bling bling », NDLR) comme Barrack Obama s’efforcent d’être reconnus dans le spectacle des médias dominants. Dans le mouvement pour les Droits Civiques, les noirs demandaient que les blancs reconnaissent leurs droits humains fondamentaux. Avoir des alliés blancs favorables était crucial pour ce mouvement, tout comme le soutien des hommes l’était au mouvement de libération des femmes. Dans la Bataille de Seattle, des personnes de tous horizons se sont réunies pour lutter contre le corporatisme mondial déjà bien implanté. Certes, dans tous ces cas, il y a quelques victoires au sein du système, mais ces efforts fonctionnent encore selon les mêmes dynamiques de forces du modèle d’identité par la reconnaissance externe. Personne ne peut nier que, dans tous ces mouvements, les structures et les dynamiques de forces n’ont pas fondamentalement changé.

Approfondissant la compréhension de Fanon, l’auteur et l’activiste social Bell Hooks a souligné combien il est nécessaire de sortir du modèle de l’identité par la reconnaissance et d’affirmer sa propre subjectivité, indépendante des forces oppressives, afin que chacun prenne sa vie en main :

« Nous devons déterminer ce que nous voulons être, à travers un processus fondamental de décentrage de l’oppression d’autrui et en affirmant notre droit à la subjectivité, sans compter sur les réponses des puissants pour déterminer notre légitimité. Nous ne cherchons pas la reconnaissance d’autrui. Nous nous reconnaissons nous-mêmes et nous entrons volontiers en contact avec tous ceux qui nous interpellent de manière constructive. » (p. 22, 1990)

Ce qui s’est passé partout dans le monde l’année dernière est une remise en question, par le peuple, des structures hiérarchiques de pouvoir qui refusent les formes d’apprentissage autodidacte. Dans le mouvement Occupy, les gens se rendent comptent que la reconnaissance par un supérieur (autorité professionnelle réelle ou autorité ressentie) n’est plus nécessaire et que l’on peut devenir maître de sa propre vie. Le vrai pouvoir vient de l’intérieur en dernier ressort et non de l’extérieur. Cet abandon du modèle d’identité par reconnaissance est à la fois revendiqué et favorisé par Anonymous et les principes d’auto-gestion « sans-leader » du mouvement Occupy (et des Indignés, NDLR).

Le Principe d’auto-gestion « Sans-Leader »

Ce principe d’auto-gestion « sans-leader » a de multiple dimensions. À première vue, il peut s’agir d’une simple question pratique. Comparativement au mouvement pour la défense des Droits Civiques des années 60, les vieux modèles d’insoumissions sont devenus moins efficaces. Les individus qui sortent du lot deviennent facilement des cibles de l’Oppression Étatique. Un leader charismatique dirigeant un mouvement avait aussi plus de sens à l’époque. Une fois que les puissants identifient le leader d’un mouvement, il y a un risque que tout le potentiel du mouvement puisse être subverti. Avant que l’information puisse être mobilisée et que les idées deviennent matures, ils peuvent être écrasés. Avec les précédents modèles d’activisme, il suffisait d’anéantir le porte parole pour tuer le message dans son ensemble. C’est ce qui s’est passé avec l’assassinat de Martin Luther King et de Malcom X. Une fois les leaders écartés, ces mouvements ont perdu de leur énergie et de leur détermination. Alors qu’un organisme sans tête offre un avantage de taille en mobilisant rapidement les idées sans éveiller les soupçons et en restant sous les radars. Avant tout, cela aide à répartir le pouvoir entre les mains de plusieurs personnes. Il y a quelque chose de beau et de très symbolique dans l’image d’Anonymous : l’homme sans tête en costard qui illustre la transformation de la hiérarchie classique en espace de réelle communauté humaine.

Au delà de la nécessité pratique, la simple structure qui a plusieurs porte-paroles indique un abandon du modèle de reconnaissance de l’identité. De plus en plus de personnes sont en train de réaliser que tout un chacun peut s’appuyer sur son propre pouvoir et compter sur lui-même pour devenir son propre leader en connexion avec les autres. Par exemple, jetez un œil au phénomène de l’amplificateur humain (technique utilisée par les mouvements horizontaux, plutôt dans les espaces anglo-saxons, consistant à faire répéter par la foule les mots d’une personne qui a pris la parole, formant ainsi un mégaphone humain, NDLR). Dans un système d’entreprise, le microphone représente une amplification de l’ego et la mise en route du pouvoir individuel. Dans la plupart des cas, comme dans le monde de la célébrité, l’accès à cette position est limitée à ceux que le système a déjà doté de ce privilège. D’un autre côté, l’amplificateur humain est, en soi, communautaire grâce à l’utilisation d’un système sonore par simple amplification de voix humaines. Il décentralise le pouvoir et offre un espace où tout le monde peut parler équitablement tout en recevant un retour empathique.

Comme retweeter (le fait de relayer un message émis par un autre sur le réseau Twitter, pratique très largement majoritaire sur ce réseau, NDLR) au sein de la démocratie directe des réseaux sociaux, en lieu et place d’un discours d’une voix dominatrice, la diversité des opinions est bienvenue, répétée et amplifiée se rapprochant d’un dialogue authentique. C’est une philosophie qui fonctionne pour contrer le culte de la célébrité et la distribution hiérarchique du pouvoir. C’est également un autre aspect important de la culture Anonymous ; un lien de reconnaissance empathique et un travail collaboratif hors des sentiers battus, plutôt qu’un leader bénit au dessus des autres. Que ce soit conscient ou non, cette éthique des Anonymous a servi comme modèle au mouvement Occupy Wall Street. Au lieu de suivre de fausses idoles, comme Donald Trump, Paris Hilton et ces guignols de politiciens, le peuple peut maintenant regarder en lui et vers chacun pour amplifier la force créatrice – l’être humain qui parle et agit en résonance avec son voisin-compagnon.

Cette culture émergente sans leader est par essence, une sortie graduelle du désir de reconnaissance et, au-delà, la réalisation du fait que le pouvoir individuel n’est pas conditionné et déterminé par une autorité extérieure. Il est un principe de réorganisation sociale qui redéfinit totalement le pouvoir.

Une Redéfinition Du Pouvoir

Alors, comment WikiLeaks a-t-il contribué à ce changement de pouvoir ? WikiLeaks, en tant qu’organisation activiste a été bâtie sur un engagement sans compromis pour la justice. Le 26 novembre, l’organisation recevait le Walkley Award, l’équivalent australien du prix Pulitzer de l’excellence journalistique. Le jury a souligné « Un engagement courageux et controversé, dans la plus pure tradition du journalisme : la justice grâce à la transparence ».

Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks est devenu un centre d’intérêt aux yeux du public. En effet, en regardant plus en détails cette entreprise journalistique et activiste unique, nous pouvons voir que cette organisation est également basée sur une sorte de réciprocité similaire au travail des Anonymous. Ce n’est pas vraiment une personne qui dirige le travail. Cette entreprise repose sur une approche innovante et rigoureuse de la technologie. La société Occidentale a de moins en moins régulé le pouvoir de ceux qui ont de l’argent. D’un autre côté WikiLeaks, en s’appuyant sur les meilleures lois de différents pays, a développé une infrastructure et une approche qui court-circuite les contrôles politiques nationaux en place qui étouffent la contradiction ou la libre circulation des informations cruciales. L’autre aspect de l’équation de WikiLeaks sont ces dénonciateurs qui ont le courage moral d’aller de l’avant et de dévoiler l’injustice. Il n’est pas nécessaire de dire que, sans les briques techniques et sa plateforme mondiale, l’organisation ne pourrait pas fonctionner. Mais, il est également vrai que, sans dissidents à l’intérieur du système et sans une opinion publique favorable, le succès de WikiLeaks n’aurait pas pu être possible. Ni Bradley Manning, le dénonciateur présupposé, ni Julian Assange, n’auraient pu changer l’Histoire sans l’autre. C’est le simple engagement individuel envers la justice, relié à une vision collective qui a pu, dans ce cas, faire la différence, en mettant la technologie au service d’une humanité meilleure.

Cette puissance a pour racine le courage et l’engagement pour la justice dont a fait preuve une personne comme Manning. Quand quelqu’un trouve cette force au plus profond de lui-même, la peur commence à se dissoudre, car elle ne peut co-exister avec le courage réel. Quand WikiLeaks s’est retrouvé face à un blocus financier de la part de PayPal, VISA et MasterCard, Anonymous s’est mis en mouvement pour défendre ce qu’ils identifiaient comme une attaque contre le principe de la liberté de parole. En réalité, ils défendaient le courage de se lever et de se battre contre un tel pouvoir établi. La morale et les idéaux, si indispensables pour une société saine, se sont effrités petit à petit. En utilisant le courant technologique, ces idéaux reçoivent aujourd’hui un nouveau souffle de vie.

WikiLeaks est basé sur la conviction que quand la corruption des puissantes organisations est exposée au public, il émerge la possibilité d’un changement important. Les fuites faites volontairement peuvent devenir le genre d’explosif compationnel désintégrant l’opacité des sytèmes contaminés par la corruption et l’apathie. Dans le passé, les gouvernements et les entreprises pouvaient cacher leurs actes derrière une rhétorique et une propagande bien huilée. Maintenant les citoyens, armés de téléphones portables avec appareil photo, entourent les oppresseurs et publient ou partagent immédiatement l’enregistrement de leur témoignage au monde. C’est la logique fondamentale du changement social qui dit que le plus on témoigne d’actions injustes (en pourcentage de la population), le plus de personnes vont comprendre la vérité sur l’état de nos gouvernements et des puissantes institutions.

La répression constante en Egypte et la réponse policière au mouvement Occupy à travers les Etats-Unis, révèlent la nature tyrannique des gouvernements. Le masque illusoire de l’autorité illégitime porté par les réseaux des puissants tombent rapidement aux yeux du monde. Plus la police et l’armée attaquent des innocents, plus le mince voile du pouvoir illégitime tombe. La vidéo d’une attaque se propage de façon virale sur internet et en quelques jours, par solidarité, la foule grossie au delà des frontières. Nous avons des exemples de cela au sein d’Occupy Wall Street et Occupy Oakland, quand après des attaques brutales, le peuple est devenu plus uni et plus engagé encore, et que la protestation a grandit.

Que se passe-t-il quand le masque de la légitimité commence à tomber ? Le peuple trouve enfin une réelle source de pouvoir en son sein et commence à définir sa propre autorité morale. C’est ce dont nous sommes témoin avec le mouvement Occupy et les soulèvements populaires autour du monde. Le professeur Robert Reich à Berkeley, qui a ouvert la conférence commémorative de Mario Savio, a dit aux milliers présents, « L’outrage moral (l’indignation, NDLR) n’est que le commencement. Le temps de l’immobilisme est révolu. Et une fois qu’il a commencé, il ne peut être arrêté et il ne sera pas arrêté. »

Certains, du mouvement Occupy, s’immiscent d’eux-mêmes dans l’espace public grâce à ce pouvoir nouvellement acquis. Dans l’article, Une Nouvelle Culture de la Résistance : de WikiLeaks à la Rue (A New Culture of Resistance: from WikiLeaks to the Squares, NDLR), FuturePress analyse le nouveau sens du terme « Occupy » comme un acte de création de pouvoir autant que de résistance.

Les occupations « servent aussi comme impulsion vers l’émancipation de ces règles afin de recréer partiellement la réalité. En conséquence, la plupart des places occupées sont devenues des Zones d’Autonomie Temporaire, des expériences d’administration collaborative qui ont fonctionné en parallèle du système. Elles servent réellement de forces de changement vers l’extérieur : elles sont récursives. »

Ce changement a été reflété dans la transformation du mot “occupation” lui-même. Il a, pendant très longtemps, été connoté négativement, exprimant l’invasion et la colonisation, comme celle de l’Iraq et de l’Afghanistan et la myriade de bases militaires américaines à travers le monde. Le peuple a récupéré ce terme Occupy, le changeant en verbe actif chargé d’un nouveau sens. Le puissant changement de sens d’un mot affecte l’émotion collective. Geoff Nunberg, le linguiste contributeur au NPR Fresh Air avec Terry Gross, a choisi le mot Occupy pour être le mot de l’année. Il a décrit en quoi « c’est un nouveau sens pour ce verbe, pour une forme de protestation adaptée à l’âge des smartphones et de Twitter… ».

Il est clair que la technologie et le partage d’information ont quelque chose à voir avec la possibilité d’évolution du pouvoir observé lors des récents soulèvements autour du monde. En effet, l’objectif affiché de WikiLeaks est de libérer le savoir caché, avec l’idée que ce qui est caché a un plus grand potentiel pour le changement. Cependant, la révélation des secrets n’est pas suffisante. L’élément clé est ce qui se produit une fois que la connaissance est libérée et diffusée grâce à la volonté individuelle. Quand on devient un agent actif, peut-être d’abord dans le cyber-espace, puis en évoluant intentionnellement dans le monde physique, l’information se charge d’un nouveau sens. Elle est transformée en quelque chose qui touche individuellement et met en mouvement les émotions de chacun. Lorsqu’elle est partagée, elle peut pousser les personnes à l’action à un tel point que les réseaux sociaux peuvent devenir des boucliers créatifs contre les forces oppressives. La technologie, une fois infusée d’un idéal humain, relie immédiatement tout un chacun vers un but commun et les réseaux commencent à fonctionner comme des organismes vivants qui peuvent alors se développer et se déformer avec flexibilité en fonction des besoins locaux.

Un exemple de cette agrégation est visible par les Mèmes sur Internet (http://fr.wikipedia.org/wiki/Mème_Internet, NDLR). Après l’incident peu glorieux du spray au poivre de UC Davis, des images transformées sur photoshop du lieutenant John Pike pulvérisant du spray au poivre sur les étudiants est devenu un Mème Internet qui s’est propagé très rapidement. Du gaz poivré de la Dernière Cène aux signataires de la déclaration d’indépendance, il a été projeté dans toutes les situations aussi bien de l’Histoire que d’Internet. Dans l’article #Occupy : La force de la révolution quand elle devient memetic (le fait de devenir un mème, NDLR), Grant a expliqué comment :

« Ce que nous voyons est la propagation du mème, un mème centré sur l’authenticité, la vérité, la peur, la colère et la simple et réelle émotion, où l’énergie dépensée à créer ces films de réponse et ces remixes, est officiellement dépensée pour soutenir l’activisme. »

L’effet de foule a amplifié le Lulz (modification de lol, http://fr.wiktionary.org/wiki/lulz, NDLR), qui s’est transformé pour pimenter l’information grâce à un effet d’entraînement et de contre-culture permettant une réinsertion et un réinvestissement de l’humanisme. L’information transformée de cette manière est contagieuse, elle ne sensibilise pas seulement le public à la cause, mais tend aussi à élever la morale et la croyance pour le plus grand bien.

Plusieurs mois avant que l’étincelle du mouvement Occupy ne s’allume, WikiLeaks a tweeté :

« Il est clair que les règles du jeu changent partout en Occident. Beaucoup sont maintenant épinglés après des jours ou des années d’impunité… (1) En tant que tel nous pouvons laisser tomber toute prétention à une gouvernance légitime. Cela ne laissera qu’une seule classe de côté, celle des riches et des puissants. (2) On ne peut la changer, mais on peut la détruire. Nous devons créer nos propres réseaux de confiance et d’autorité et vivre à l’intérieur. (3) »

La révolution à l’ère de WikiLeaks bouscule la pensée unique selon laquelle le peuple n’a pas le pouvoir de créer sa propre société. L’illégitimité des régimes actuels et de leur corruption dans les entreprises est maintenant indéniable et ce à mesure que nous nous éveillons à la vérité que les gouvernements et institutions n’ont que le pouvoir qu’on leur accorde. Après tout, c’est l’humain qui les a créé et qui les soutient.

Cette prise de conscience du pouvoir individuel redéfinit l’idée conventionnelle de pouvoir. Il ne s’agit pas d’exploitation ou de domination. Il ne s’agit plus de pouvoir des uns sur les autres mais de la possibilité de partager et de collaborer avec ses concitoyens ; de créer des communautés totalement nouvelles qui reflètent les valeurs communes. Ce pouvoir nouvellement acquis ne peut pas venir d’en haut, mais s’écoule de l’intérieur vers l’extérieur. À la mi-Octobre, Julian Assange a parlé en face de la Bourse de Londres, à OccupyLondon :

« Le challenge d’aujourd’hui, c’est la destruction systématique de l’état de droit. Le peuple est déçu que Guantanama Bay ait été au dessus des lois, et que l’argent soit blanchi aux îles Caïmans et à Londres pour échapper aux lois. Ce mouvement ne cherche pas la destruction de la loi, mais veut la rétablir. »

Au lieu d’une résistance passive, ce que nous observons au sein des camps Occupy dans le monde, sont des gens qui affirment leur pouvoir et qui appliquent ces nouvelles règles du jeu une fois de retour dans la société. Au sein de ce nouvel espace dessiné par les tentes, l’organisation autosuffisante émerge. Alimentation des ordinateurs portables par des dynamos sur des vélos, création de bibliothèques et de centre de soin, les campements se sont développés sur le mode des communautés open-source autonome et dessine des formes sociales durables et peu consommatrices.

Après les incursions de police et les expulsions récentes des camps de Liberty Square et du plus grand campement à Los Angeles le 28 Novembre 2011, il est clair que l’imagination collective ne peut pas être écrasée. La discussion se poursuit quant à où et quoi occuper ensuite.

Le secret de cette moralité ravivée est que les individus qui se rassemblent peuvent accomplir des choses qu’un seul ne peut pas. Les Assemblées Générales forment un nouveau lieu d’opinion publique. Une vérification du micro avant un discours (« mic check », NDLR) devient un nouveau contrôle et un équilibre du pouvoir. Les anciennes autorités critiquent maintenant ces nouveaux lieux d’opinion publique. N’importe qui peut prendre la parole en publique lors de ces événements. Les gens ne sont plus juste relégués à subir les décisions. Ils peuvent participer et faire entendre leurs propres voix ensemble en « vérifiant les micros » lorsque nécessaire. Les protestants Occupy (les indignés, NDLR) de Washington DC, ont tenu une réunion à la Chambre du Commerce et ont perturbé un discours du PDG Scott Serota de BlueCross BlueShield. Les étudiants de Princeton ont également utilisé cette méthode pour contester contre JP Morgan-Chase. Karl Rove et le président Obama ont eu leur micro vérifié. A Melbourne les citoyens ont vérifié le micro du maire ; «Nous occupons parce qu’un autre monde est possible»

La révolution à l’ère de WikiLeaks est le réveil des forces innées de chaque individu orienté vers une responsabilité collective. L’intention individuelle relayée par autrui dans un esprit d’authentique collaboration est l’importance et la signification profonde de ce mouvement.

«Le courage est contagieux». La devise de WikiLeaks qui peut paraître aux premiers abords naïve et idéaliste, semble maintenant judicieuse et avant-gardiste. Cet esprit a inspiré des personnes au cœur glacé qui ont été infectés par la peur et l’immobilisme. Qui aurait imaginé la vitesse à laquelle cela s’est propagé ? Nous ne savons pas exactement où va nous mener ce courage. Mais une chose est sûre, la puissance créatrice collective n’a plus de limite. Nous vivons une période historique et excitante, où les vertus oubliées de l’humanité occupent de nouveau le centre de nos intérêts. Quand nous choisissons ce qui conduit nos actions, nous ouvrons la porte à une nouvelle civilisation.

Références: hooks, b. (1990). Yearning: Race, gender, and cultural politics. Boston: South End Press. Oliver, K. (2001). Witnessing beyond recognition. Minneapolis: University of Minnesota Press.

Source.

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À propos de Réelle Démocratie Calvados

Le monde bouge et nous ? Chaque jour le peuple lutte en occupant les places publiques,que se soit à Madrid, Athènes, Paris, Rennes, Nantes, en Angleterre, aux États Unis d’Amérique, et depuis le mois de juin 2011 dans le calvados (Bayeux, Caen, Lisieux, Vire)… Si vous n’en pouvez plus d’alimenter un système où l’argent règne, où l’économie prime sur les valeurs humaines, un système basé sur la consommation à outrance qui détruit la planète, rejoignez-nous ! Les médias, à la botte de l’état, nous inondent d’un flux de pubs et d’inculture qui nous abrutissent et nous privent de toute volonté d’avancer, d’être, de rêver, d’agir… Ce système creuse à outrance les écarts entre les riches et les pauvres, privatise et engraisse une nouvelle aristocratie qui se pense intouchable. Ces élites nous exploitent, nous maltraitent. Leur cupidité et leur bêtise font (les) lois. Alors rejoignons toujours plus nombreux le mouvement ! Montrons notre indignation nuit et jour en allant occuper la place publique de Caen ou d’autres villes du Calvados. Discutons, échangeons, dansons, chantons, campons, partageons, expérimentons un nouveau mode de vie alternatif tous ensemble !

Publié le 01/03/2012, dans Le mouvement dans le monde, et tagué . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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